Nous ne sommes pas venus sauver qui que ce soit

PDP CARITAS Europe

Nous ne sommes pas venus sauver qui que ce soit

« La personne la plus pauvre au monde est peut-être celle qui possède tout et attend encore que quelqu'un vienne la sauver. »

Nous ne sommes pas venus sauver qui que ce soit

« La personne la plus pauvre au monde est peut-être celle qui possède tout et attend encore que quelqu'un vienne la sauver. »

La différence est immense.

Nous ne prétendons sauver aucune personne démunie. Le monde attend un sauveur depuis des années, et peut-être cette attente est-elle la plus grande tragédie de l'histoire humaine.

Tout le monde attend. Le pauvre attend le riche, le riche attend l'État, l'État attend les organisations, les organisations attendent les investisseurs et les investisseurs attendent la sécurité. Chacun montre l'autre du doigt.

Mais peut-être avons-nous oublié ceci : le monde n'a pas été détruit seulement par ceux qui détenaient le pouvoir ; il l'a aussi été par ceux qui sont restés assis à attendre qu'un autre le construise.

Le sauveur est peut-être la personne que tu vois dans le miroir

Nous ne sommes pas venus sauver les personnes démunies.

Nous sommes venus te rappeler que, depuis des années peut-être, tu attends quelqu'un qui te regarde chaque jour dans le miroir.

Tu n'es pas démuni simplement parce que tu n'as pas d'argent. Tu le deviens lorsque tu crois ne jouer aucun rôle dans le changement.

Et le riche n'est pas seulement celui qui possède davantage. Est riche celui qui peut créer de l'espoir ; celui qui peut saisir un rêve et transformer l'espoir en conviction.

Le pouvoir ne se trouve pas seulement derrière les bureaux des gouvernements. Parfois, il réside dans l'instant où une personne décide de ne plus être victime de la pensée du besoin.

Beaucoup de nos besoins sont façonnés par notre esprit. L'être humain a peut-être besoin de bien moins qu'on ne le lui a appris. Nous appelons « besoins » bien des choses que d'autres ont créées, définies, promues, avant de nous dire que sans elles nous n'étions pas complets.

C'est là que, peu à peu, se sont formées les structures de l'asservissement humain.

Nous ne considérons pas les États comme des ennemis ni les bienfaiteurs comme des héros

Nous ne pensons pas que les États veuillent du mal aux peuples, car aucune nation ne peut durer sans structure.

Nous ne considérons pas non plus les bienfaiteurs comme des héros, car donner avec un sentiment de supériorité n'est qu'une autre forme d'orgueil.

Et nous ne jugeons pas les personnes démunies faibles, car beaucoup ont porté des fardeaux que les hommes les plus puissants du monde seraient peut-être incapables de supporter.

Nous ne cherchons pas à former une armée de personnes dépendantes. Nous voulons former une génération de bâtisseurs : une génération qui, un jour, n'aura plus besoin des fondations ; qui n'attendra plus qu'un autre décide pour elle, la relève ou lui construise un avenir.

Si, un jour, toutes nos institutions ferment, mais que les personnes qui se sont autrefois tournées vers nous puissent se tenir debout par elles-mêmes, ce jour-là nous n'aurons pas échoué.

Ce jour-là, nous aurons gagné.

Car le but de ce service n'est pas de rendre une organisation éternelle. Notre but n'est pas de faire des dirigeants d'une organisation des vedettes. Il n'est pas de laisser notre nom à jamais au fronton des bâtiments.

Le but de notre service est de libérer l'être humain : de le libérer des chaînes que les humains ont eux-mêmes tissées, enroulées de leurs propres mains autour de leurs bras et de leurs jambes, avant d'attendre un sauveur tout en demeurant prisonniers de ces mêmes chaînes.

La plus grande pauvreté du monde n'est peut-être pas le manque de pain

La plus grande pauvreté du monde n'est peut-être pas le manque de pain ; c'est peut-être le manque de sens.

La plus grande maladie du monde n'est peut-être pas celle du corps ; c'est peut-être l'oubli de sa propre valeur.

La plus grande prison du monde n'a peut-être aucun mur ; elle est peut-être faite de peur.

Peut-être n'étions-nous pas aveugles. Peut-être les images qu'on nous avait montrées étaient-elles simplement fabriquées.

Et de ces images mêmes sont nées les peurs. Une peur qui nous a appris : attends. Attends l'État. Attends le sauveur. Attends le riche. Attends l'investisseur. Attends le miracle.

Mais ceux qui ont attendu n'ont pas fait l'histoire.

L'histoire a été faite par ceux qui se sont levés : non pas quand tout était prêt, ni quand ils étaient sûrs de gagner, mais quand rien n'était certain.

Nous sommes venus bâtir des ponts

Nous sommes venus bâtir un pont : entre l'État et le peuple, entre la richesse et la privation, entre le savoir et l'ignorance, entre le désespoir et l'espoir.

Mais un pont n'a de sens que si quelqu'un décide de le traverser.

Aucun pont ne sauve personne.

Il ne fait qu'ouvrir un passage possible.

Le traverser relève de la décision de chacun.

Aujourd'hui, nous invitons tout le monde : les États, les bienfaiteurs, les universitaires, les entrepreneurs, les investisseurs, les personnes démunies, les oubliés, et même ceux qui ne croient plus en rien.

Bâtissons quelque chose de plus grand que nous.

Ni pour la gloire, ni pour le pouvoir, ni pour que notre nom demeure dans l'histoire, mais pour des êtres qui ne sont pas encore nés.

Pour un enfant qui n'entendra peut-être jamais notre nom. Pour un enfant qui ne nous connaîtra jamais, mais qui vivra les conséquences des décisions que nous prenons aujourd'hui.

Peut-être ne saura-t-il jamais qui a bâti le pont qu'il a traversé.

Cela n'a pas d'importance.

Ce qui importe, c'est que le pont existe.

Nous n'avons pas attendu

Et si, un jour, on nous demande : qu'avez-vous fait à l'époque de l'effondrement ?

Nous répondrons : nous n'avons pas attendu.

Nous avons vu dans l'illusion un rêve, saisi ce rêve avec espoir et, avec cet espoir, acheté une lampe.

Puis, dans la nuit, au lieu de chercher seulement un sauveur au-dehors, nous nous sommes tournés vers nous-mêmes.

Nous avons cherché en nous, lutté contre nous-mêmes et, en nous, triomphé de nous-mêmes.

Et peut-être est-ce ce jour-là que nous sommes devenus, pour la première fois, les révolutionnaires de nous-mêmes.

Les papillons sont éternels

Un jour, vous nous demanderez : comment avez-vous survécu ?

Et nous répondrons : comme ce ver à soie, cette petite créature qui est montée au sommet de l'arbre dans l'espoir de voler, même brièvement.

Sur le chemin, sa poitrine s'est déchirée. Il s'est épuisé. Il a été blessé.

Mais là, dans une tombe appelée cocon de soie, il s'est enterré.

Non dans l'espoir de mourir.

Dans l'espoir qu'un héros qui n'était pas encore né puisse vivre.

Dans l'espoir d'un être qui voulait voler ; qui le voulait tant qu'il accepta de laisser derrière lui son ancienne forme, de tuer sa version plus faible pour que sa meilleure version connaisse le vol, ne serait-ce qu'une fois.

Peut-être tous ceux qui se trouvaient hors du cocon le croyaient-ils mort.

Mais dans cette petite tombe, quelque chose naissait.

Quelque chose qui n'était plus fait pour ramper.

Il avait des ailes.

Aujourd'hui encore, nous vivons de ce même espoir : l'espoir que la vie du papillon n'est pas courte, que la valeur d'une vie ne se mesure pas toujours au nombre de jours.

Et peut-être est-ce ce seul espoir qui, depuis des années, nous a empêchés de mourir.

L'espoir que le changement est possible.

L'espoir que l'être humain peut se dépasser.

L'espoir que la fin d'une forme de vie n'est pas toujours la fin de la vie.

Parfois, c'est le début de l'envol.

Et si l'on nous demande pourquoi nous croyons encore, notre réponse sera peut-être très simple :

Parce que notre père avait dit : les papillons sont éternels.

PDP CARITAS Europe

Manifeste pour la dignité humaine, la responsabilité et l'émancipation de la dépendance

Auteur : Dr Ami Zara